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Akira… le sacre mutant de la culture pop !

1982… Un dessinateur de mangas, Katsuhiro Ōtomo est contacté par une maison d’édition japonaise. Une série de science-fiction est, alors, commandée pour l’un de leurs magazines, Weekly Young Magazine. Un véritable challenge pour Ōtomo qui décide de puiser son essence créatrice dans une œuvre de Mitsuteru Yokohama, datant de 1956, TETSUJIN 28­-gō. Reprenant la thématique du manga… une sombre histoire d’arme secrète conçue à des fins militaires… il s’en éloigne pourtant très rapidement au profit d’une œuvre plus personnelle mais à l’esquisse inspiratrice multiple (Blade Runner, Moebius, Easy Rider…). AKIRA était né !

Katsuhiro Ôtomo - auteur Akira

Ancrée dans un Néo Tokyo futuriste à l’âme dystopique, la série de Seinen manga traite, dans une réalité post-apocalyptique… au lendemain d’une troisième guerre mondiale… des méandres d’une jeunesse désabusée immergée dans une société à la dérive. La ville est sale et corrompue. Les tentatives de révolte sont refrénées dans le sang… les rues sont à la merci de gangs de motards rivaux. Un accident de la route et la destinée de l’adolescent Tetsuo Shima se retrouve, à jamais, bouleversée… la sienne ainsi que celle de beaucoup d’autres…  résultante de répercussions sanglantes et incontrôlables. Et au milieu de ce chaos ? Une lutte politique et militarisée dont l’enjeu est un jeune mutant aux pouvoirs psychiques exceptionnels… AKIRA.

Planche dessin manga Akira

 

Planche manga Akira

Fort d’un énorme succès commercial, le manga contribue à la renommée du genre dépassant, ainsi, les confins de l’Asie. Le sens du détail de Katsuhiro Ōtomo, la délicatesse de son coup de crayon, la cinématographie de son découpage, le contexte dystopique finissent par séduire un public en mal de nouveautés. Pourtant, ce fut la sortie nippone d’un long métrage d’animation de 124 minutes qui sacra solennellement le phénomène AKIRA lui conférant, dès lors, le titre de Joyau de la science-fiction contemporaine.

Affiche nippone

Un budget d’1,1 milliards de yen soit 9,5 millions d’euros est débloqué pour la production grâce à l’association de différentes grandes entreprises liées au domaine du divertissement et la création du Akira Comitee. Les rênes du projet sont, quant à elles, confiées à Katsuhiro Ōtomo. Réalisateur et maître d’œuvre, il s’entoure des meilleurs. Le but du mangaka est de faire de ce long métrage d’animation, une œuvre immersive au pessimisme révolutionnaire. C’est pourquoi, il supervise les moindres détails et s’implique à tous les niveaux. Il co-écrit le scénario et réalise le Character design du film tout comme le storyboard des scènes soit 783 au total.

Planches manga

Labellisé Film d’animation cyberpunk post-apocalyptique, AKIRA narre, ici, l’histoire de Shōtarō Kaneda, un chef de gang de jeunes motards, paradoxalement l’un des personnages secondaires du manga éponyme et… ami d’enfance de Tetsuo Shima. Certes, l’intrigue dévie quelque peu de l’arc narratif originel mais la sombre violence du carcan environnemental de l’œuvre demeure. La sortie, le 16 juillet 1988, du long métrage d’animation enflamme les écrans de cinéma japonais lui conférant un succès tout autant critique que commercial. L’invasion cinématographique d’AKIRA ne débutera que trois ans plus tard dans les salles françaises faisant un peu plus de 100 000 entrées. Par la suite, les VHS circuleront dans les chaumières bouleversant le quotidien d’adolescents émerveillés peu habitués à un anime, certes, d’une rare violence mais à l’exécution graphique sans faille.

Image anime Akira

Diatribe reflétant les appréhensions du peuple japonais, la crainte d’une catastrophe nucléaire, les yakusas ou le fantôme d’un régime militaire sont autant de thématiques abordées tout comme les Jeux Olympiques de 2020 au Japon… une fiction visionnaire devenue, depuis, une réalité. Réalisé en 2D, le film qui dure plus de deux heures est d’une grande technicité. Katsuhiro Ōtomo y exécute un travail d’orfèvre minutieux sur plus de 160 000 cellulos notamment sur l’architecture du Néo Tokyo. Véritable claque générationnelle, l’histoire à la violence explosive et sans nulle concession atomise les convictions de spectateurs époustouflés par une dimension visuelle à couper le souffle. Le dynamisme et la complexité des séquences y sont pour beaucoup. De plus, l’obscure puissance indomptable et mystique du film, portée par une bande-son empreinte de la culture japonaise, accentue ce sentiment de malaise qui renforce l’adhésion.

Affiche Akira

La sortie en 2020 d’une version 4K cinématographique du long métrage d’animation ainsi que les différentes rééditions de la série de Seinen manga de 2 200 pages prouvent l’intemporalité intergénérationnelle de ce chef-d’œuvre de l’animation japonaise. AKIRA est cette boite de pandore que l’on hésite à ouvrir, nous plongeant dans un abîme ténébreux d’une rare beauté, mais… que l’on ne peut s’empêcher de réclamer encore et encore.

Chantal Gonçalves