En ce début de soirée, l’air se veut doux et automnal. Dans les rues… les badauds déambulent au gré de leurs envies. Le POPUP du label est tout près, niché dans une ruelle adjacente du 12e arrondissement de Paris. Il s’agit d’un lieu culturel bien connu des Parisiens à l’affût d’une programmation musicale riche et éclectique.
Nous pressons le pas. Cette nuit, l’icône américaine et Indie Pop, Dent May, nous y invite afin de partager un copieux petit déjeuner, et ce, malgré l’absence de prémices matinales. Pourtant, bientôt, les murs irradieront d’une énergie à l’éclatante solarité. Et puis, What’s For Breakfast ? Ce sera la surprise !
Estampillées du sceau du POPUP, nous franchissons les portes, frontières vers un antre obscur et acoustique mais doté d’une belle rythmique symphonique. Il y a déjà foule dans la salle. Sur scène, moult instruments attendent patiemment. À gauche, un ordinateur ouvert sur une petite table en trépied. Lentement, l’éclairage se teinte d’une nuance rouge et bleuâtre. Les minutes s’égrènent. Une jeune femme fait son entrée… Clé.

Armée d’une guitare électrique et assistée de son PC pour le backing track, l’autrice-compositrice-interprète nous incite, dès les premières notes, à l’Exil tout en nous alpaguant par son accrocheuse musicalité. Nous confiant la réalité de ses insomnies, résultante d’une quête inspiratrice, Feuilles de Nuits Blanches résonne de son ascendance pop électro tandis que les Rêveries se révèlent être un doux refuge cristallin à la touche guitaristique et punchy. Breuvage mythologique, Léthé, symbolique de l’oubli notamment lié aux souffrances du passé, se drape, quant à lui, d’un charme psychédélique. Renforçant une thématique chimérique, la Nuit, nouvellement réorchestrée, frappe par son envoûtante obédience magnétique.
Chaque composition, savamment orchestrée, oscille entre douceur fragile et forte intensité mélodique. Magnifiés par une électro-pop et des textes souvent introspectifs, les titres abordent des thèmes tels que l’amour, l’absence, la dualité des sentiments… vecteurs d’émotions à la profonde complexité. Le nouveau single de la jeune artiste, Beauté Stéréo, en est le parfait exemple. Lumineux, il transcende la kyrielle émotivité de la chanteuse.

Mais il est temps pour Clé de faire ses adieux, non sans un dernier morceau à l’exaltante et explosive sonorité qui prend le pas sur l’Indicible des mots. Des remerciements. Une première partie remarquée s’achève.
Survient l’interlude… pause entremêlée de chahuts et de rires. Puis, brusquement, éclatent des hurlements de joie. La scène revit. Dent May et ses musiciens prennent place, soucieux des derniers réglages. Un faux départ… des excuses accueillies avec humour par l’assistance, et… un top départ instrumental. You already know, expression d’un ardent Carpe Diem s’impose. Battant une mélodique chamade, la batterie, associée aux harmonies vocales, apporte cette pulsation soft rock 70’s et langoureuse qui fleure bon l’ivresse californienne.

Entêtant et solaire, Keep Me In Mind clame tant la résilience qu’une indéfectible loyauté. Dent May vit l’instant présent et la puissance des mots, notamment grâce à des lâchers-prise scéniques et des solos de guitare que l’on retrouvera tout le long du concert. Étendard révélateur d’un amour à la fois douloureux et exaltant, Face Down In The Gutter Of Your Love enivre un public conquis. Ce dernier n’hésite pas à reprendre certaines paroles dont un entraînant refrain, et ce, pour la plus grande joie de l’artiste qui finit par être acclamé. La foule accueille également, chaleureusement, l’intervention d’un des musiciens à la trompette, sublimant, ainsi, le fameux morceau.

L’espoir d’un renouveau, tel est le désir miraculeux d’I Could Use A Miracle dont la légèreté mélodique accentue cette once d’optimisme latent. Vibrant à cent à l’heure, One Call, That’s all fleure bon les prémices de la romance, un amour naissant que l’on n’ose concrétiser. Une hésitation, paradoxalement mise en exergue par un tempo pop déchaîné. Trouver le bonheur dans les petits moments du quotidien… l’essence même d’une vie simple et paisible, celle d’un homme ordinaire… heureux. The simple life, au groove psychédélique et envoûtant qui ne demande qu’à nous séduire… avec succès, cela va sans dire.

Le mariage ? Concrétisation amoureuse ou prison triste et dorée ? Eastover Wives, à la langoureuse mélodie pop jazzy, pousse à la réflexion et à la mise en garde tandis qu’Hello Cruel World, un brin ironique, pose la question des standards sociétaux au sein desquels la marginalité n’a nulle place. Un titre, indiscutable hymne Freak, à la résonnance peps et mélancolique, célébrant l’acceptation de soi. Romantique, Sea, Salt and Caramel est, quant à elle, cette petite douceur sucrée-salée à la rayonnante et lancinante tonalité catchy, emblématique d’une relation passionnelle à l’exacerbante sensualité. Un véritable délit de gourmandise !

Véritable pépite de la scène musicale contemporaine, l’auteur-compositeur interprète américain, Dent May nous livre, tout au long de la soirée, un panel de titres abordant différentes thématiques universelles ou intimistes comme l’amour, la résilience, la routine quotidienne, la quête de sens, la solitude… Ses compositions, finement ouvragées, rayonnent par leur harmonie à la fragrance optimiste sublimant des paroles parfois empreintes de mélancolie, mais non sans une pointe d’ironie ou de poésie. Digne successeur d’artistes de renom tels que Brian Wilson, Jonathan Richman, Harry Nilson… Dent May se révèle être, aussi, un guitariste talentueux et il nous le montre, grâce à un jeu rendant ses chansons authentiques et percutantes.

Introspection mélancolique à l’allure de road movie, Coasting On Fumes évoque l’errance, la quête personnelle et le dépassement de soi. Une envie d’évasion intensifiée par le timbre 70’s et rétro du morceau, salué par un public embarqué, lui aussi. Soudain, un son vibratoire et organique, une rythmique pop disco, des chœurs accrocheurs… Born Too Late… une histoire d’amour inaccessible voire impossible empreinte de regrets et de nostalgie. Un timing imparfait ayant pour résultante des sentiments inavouables. À l’inverse, Something About You, ballade soft-rock indie à la puissante et charnelle audace, célèbre la passion, certes récente, mais fusionnelle et durable.
Une dernière mélodie. Une romance nostalgique, innocente et complexe, souvenir d’une folle jeunesse pleine de promesses… L’exotique et suave Meet Me In The Garden. Des assonances vocales 50’s-60’s, une batterie et des accords de guitare à l’indomptable énergie, le tout agrémenté d’une pincée de synthé… un subtil mélange de pop et de Doo-wop.

Les dernières notes. Le public s’embrase, hurle son enthousiasme et en réclame encore et encore, malgré la fin du set. Dent May, proche de son auditoire, lance quelques boutades qui font rire l’assistance. Nous sommes à Paris. Quoi de plus logique que de nous offrir un tout dernier morceau, hommage à cette belle capitale qu’il aime de manière inconditionnelle et… réciproquement, à l’évidence… Oh Paris ! Prétextant deux faux départs, le chanteur prolonge le plaisir. Pourtant, très vite, l’ode mélodique et guitaristique s’envole. Répondant à ses aspirations personnelles, il se sent lié à cette ville qu’il admire. Il se sent… chez lui.
Ultime accord. La salle du POPUP explose sous les applaudissements et les cris de joie. Après de chaleureux remerciements et un dernier adieu, Dent May quitte la scène, mettant fin à un superbe et ensoleillé road trip californien. Une réussite !

Il est temps de prendre congé. Dans les rues, un souffle automnal et parisien a, de nouveau, repris ses droits… du moins… pour le moment.
Chantal Gonçalves
Crédits Photos : Culture & Décibels / Philici Moreira Neff
Setlist de Clé :
- L’Exil
- Feuilles de Nuits Blanches
- Les Rêveries
- Léthé
- La Nuit
- Beauté Stéréo
- Indicible
DENT MAY Setlist :
- You Already Know
- Keep Me In Mind
- Face Down In The Gutter Of Your Love
- I Could Use A Miracle
- One Call, That’s All
- The Simple Life
- Eastover Wives
- Hello Cruel World
- Sea Salt And Caramel
- Coasting On Fumes
- Born Too Late
- Something About You
- Meet Me In The Garden
- Oh Paris
