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Un siècle de polyphonie à l’Oratoire du Louvre

Mes pas désorientés et pressés résonnent sur le bitume du premier arrondissement de Paris… en cette soirée d’avril printanier… un ami d’enfance m’ayant conviée à le rejoindre, ce soir-là. Au programme… un concert de polyphonie anglaise, alliant moult mélodies ou parties musicales, ancrées dans la liturgie, tout en étant chantées ou jouées à l’unisson. Une première pour moi ! Mais il est bientôt 20h et notre point de chute n’est toujours pas en vue.

Le voilà, enfin ! Le Temple protestant de l’Oratoire du Louvre, monument historique et l’incarnation de bouleversements religieux. Anciennement chapelle royale catholique qui s’est vue désaffectée à la Révolution française, l’église fut, suite à l’incendie du Temple, offerte en compensation aux protestants par Napoléon 1er. Depuis 1811, elle est un lieu de culte protestant réformé libéral au sein duquel les stigmates architecturaux de la chapelle restent présents.

L’affluence n’est pas grande dans le chœur de l’oratoire mais… constante. Il est temps de prendre place. Le brouhaha s’amenuise peu à peu… les Sorbonne Scholars viennent de faire leur entrée. Réunissant chanteurs et instrumentistes, amateurs et professionnels, étudiants et enseignants-chercheurs, l’ensemble universitaire a pour credo la musique de la renaissance anglaise et européenne. Professeur de littérature élisabéthaine à l’Université Paris-Sorbonne et spécialiste des liens unissant la musique, le théâtre et la société dans l’Angleterre des XVIème et XVIIème siècles, Pierre Iselin, fondateur des Sorbonne Scholars, nous livre la genèse d’une soirée dédiée aux grands maîtres de la Chapel Royal.

Un dernier regard vers mon compagnon d’un soir… puis… le silence. L’heure est à l’écoute. Timbres vocaux et musicaux s’élèvent et s’entremêlent, emplissant le chœur d’une aura à la sacralité spirituelle. Nous partons à la rencontre de compositeurs tels que Fayrfax, Taverner, Tallis, Byrd ou Gibbons, maîtres d’œuvre d’une époque révolue mais dont la richesse musicale perdure. Tour à tour, l’assemblée découvre les expressions multiples de la polyphonie.

Messe, Motet et Magnificat se dévoilent au grand jour. Sopranos, altos, ténors et basses imposent, en ces lieux, l’harmonie d’un chant à la religiosité magnifiée. Cuivres, bois et cordes, symbolique d’une renaissance passée, subliment de leurs accords, ces airs à l’élégante mélancolie. Bassons et dulcianes, cornets et flûtes à bec, sacqueboutes et violes, serpent et traverso transcendent de leurs sonorités, l’exaltation émotionnelle insufflée par la solennité des voix.

Les notes s’estompent peu à peu… le voile empreint d’une sereine plénitude se déchire… Retour à la réalité ! Il est temps de prendre congé.

Chantal Gonçalves.

 

Concert présenté par le Léo Club Paris Centre avec le soutien du Service culturel et de l’UFR d’anglais de Sorbonne Université… au profit des chiens guides d’aveugles de Paris.

 

Liste des compositions :

  • Robert Fayrfax (ca.1464-1521) : Magnificat O bone Jesu
  • Henry VIII (1491-1547) :En vray amoure
  • John Taverner (1490-1545) : Messe Western Wind : Gloria
  • Henry VIII : Hélas madame
  • Thomas Tallis (1505-1585) : Lamentations de Jérémie I
  • William Byrd (ca.1540-1623) : Christ rising again / Christ is rise ; Messe à 5 voix : Kyrie, Gloria ; Haec Dies
  • Anthony Holborne (1545-1602) : The Funeralls
  • Thomas Weelkes (1573-1623) : When David heard
  • John Dowland (1563-1626) : Pavane Lachrymae
  • Orlando Gibbons (1583-1625) : O clap your hands