En ce 27 novembre, une pluie diurne martèle les rues parisiennes. Non loin de là… nichée dans le 8ème arrondissement… la salle Pleyel, âme de la scène musicale française, ploie sous le brouhaha de la foule impatiente de pénétrer en ce lieu saint. Ce soir, pour la première fois, la salle de concerts, passage obligé de la gent musicale internationale accueillera les Grands Prix Sacem qui récompensent depuis l’année 2006, les professionnels du monde de la musique. Véritable institution dans l’industrie musicale, la SACEM (Société des Auteurs, Compositeurs et Editeurs de Musique) parfait ses lettres de noblesse depuis 1851.
Mais pour l’heure, public et professionnels ne cessent d’affluer, emplissant chaque recoin de cette salle à l’irrémédiable magnificence. Les lumières, alentour, s’estompent peu à peu et le cœur de la scène s’illumine enfin. Isabelle Carré, jeune actrice française à la carrière joliment étoffée apparait sous nos yeux. Nulle toilette cérémoniale mais une tenue, symbolique d’un quotidien simple et routinier… t-shirt, pantalon et baskets. Aucun chichi… Nous sommes entre nous ! Un sentiment renforcé par un décor, on ne peut plus sobre. Les récompenses sont disposées sur des étagères et sur une petite table, des chips, du fromage, des cornichons, des boissons…
Tout au long de la soirée, Isabelle Carré s’adresse sous le sceau de la confidence à un public, visiblement sous le charme, échangeant des anecdotes souvent sur le ton de l’humour… taquinant même les invités et lauréats venus chercher leurs prix. Et ce n’est pas Salvatore Adamo, grand nom de la chanson française, qui nous contredira. Une vidéo sera même projetée mettant en scène une Isabelle Carré, fan psychotique du chanteur. Couronné pour l’ensemble de sa carrière, le Prix spécial de la Sacem lui est décerné. Cinquante-cinq années qui n’ont entamé ni l’élégance, ni la délicatesse de l’auteur.

Tour à tour, les artistes et professionnels se succèdent sur scène… Le troubadour de l’enfance, Aldebert, les compositeurs et pianistes Karol Beff et Jean-Michel Bernard, le réalisateur Tristan Carné, l’éditeur-producteur Eric Debègue, le parolier, scénariste et écrivain Pierre Grillet, le compositeur François Meïmoun, la chanteuse Jain, le pianiste franco-serbe Bojan Z (Isabelle Carré saisit l’occasion d’échanger quelques mots en serbe avec le musicien… une tentative qui tombe à plat mais qui amuse le public). Ainsi, les trophées sur l’étagère se raréfient peu à peu.

Inédit d’une réédition de leur premier album La cour des grands, Je suis, uppercut sociétale des rappeurs et frères toulousains BIGFLO et OLI enivre de son flow un public à l’écoute. Gael Faye, figure montante du rap français, dont le dernier Ep Rythmes et botaniques est issu de la cuvée 2017, offre à l’assistance, son dernier titre et Soprano, instigateur d’un rap au métissage fusionnel et inventif retient le souffle du public en interprétant l’un de ses titres, à la puissance mesurée… achevant de conquérir les plus récalcitrants d’entre nous.
Les premières notes du tube planétaire, Yéké Yéké, résonnent… Mory Kanté ! Une vague de nostalgie empreinte d’un soupçon de dépaysement gagne l’assistance. Afin de lui remettre sa récompense, la maitresse de cérémonie rappelle Salvatore Adamo. Les deux hommes, respectueux du travail de l’autre, montrent instantanément leur joie de se retrouver ensemble sur scène. C’est avec une grande émotion que l’interprète de Vous permettez monsieur remet son prix au virtuose de la World Music.

C’est, également, une humoriste un brun névrosée et sans gêne qui déboule sur la scène allant jusqu’à se servir sur les étagères afin d’y attraper un prix… son prix. Nora Hamzawi fait son show et ne se prive pas de faire des remarques quant à la longueur de la soirée et l’impatience du public, avide d’un cocktail tardif. Les deux femmes, complices, partagent, dès lors, un encas avec Mory Kanté et Adamo.

Grands absents de la soirée… le chanteur américain Justin Timberlake (les States… c’est loin !) mais également Petit Biscuit, révélation et jeune prodige électro. Le titre planétaire Can’t Stop The Feeling est ainsi primé. L’occasion pour nous de découvrir la chorégraphie d’Isabelle Carré sur fond de clip (enfin… la chorégraphie de Justin !). Une vidéo personnelle nous expliquant le pourquoi de son absence, Petit Biscuit remporte, lui aussi, un prix.

Clôturant une soirée, placée sous le signe de la reconnaissance professionnelle et du partage, l’artiste français aux multiples facettes, Calogero, accepte, avec un grand sourire, son trophée. Je joue de la musique, extrait de son dernier album, Liberté chérie sonne le glas de la cérémonie sur une note folle et festive. Un hymne à cette passion … la musique… métaphore universelle de l’âme.

Chantal Gonçalves
LE MILLESIME 2017
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- Salvatore ADAMO – Prix Spécial de la SACEM
- ALDEBERT – Grand Prix du répertoire jeune public
- Karol BEFFA – Grand Prix de la musique symphonique (carrière)
- Jean-Michel BERNARD – Grand Prix de la musique pour l’image
- « Je suis » – Prix Rolf Marbot de la chanson de l’année – Interprètes : BIGFLO ET OLI
- CALOGERO – Grand Prix de la chanson française (créateur-interprète)
- Tristan CARNÉ – Grand Prix de l’auteur-réalisateur de l’audiovisuel
- CRISTAL Publishing – Eric DEBÈGUE – Grand Prix de l’édition musicale
- Gaël FAYE – Prix Francis Lemarque de la révélation
- Pierre GRILLET – Grand Prix de la chanson française (créateur)
- Nora HAMZAWI – Grand Prix de l’humour
- JAIN – Grand Prix du répertoire Sacem à l’export
- Mory KANTE – Grand Prix des musiques du monde
- François MEIMOUN – Grand Prix de la musique symphonique (jeune compositeur)
- PETIT BISCUIT – Grand Prix des musiques électroniques
- SOPRANO – Grand Prix des musiques urbaines
- « Can’t Stop The Feeling » – Prix de l’oeuvre internationale de l’année – Interprète : Justin TIMBERLAKE
- BOJAN Z – Grand Prix du jazz
