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Non à l’argent… Un jackpot théâtral !

Nichée en plein cœur de la capitale, rue Monsigny… une salle de spectacle aux réminiscences italiennes. Tous néons dehors, le théâtre des Bouffes Parisiens brille de mille feux dans la nuit. L’établissement fit ses premières armes dès le XIXème siècle acquérant, au fil du temps, un prestige grandissant. Nombre d’artistes fouleront les planches de ce lieu emblématique tels Jean Gabin, Arletty, Jean Marais, Edith Piaf ou encore Danielle Darrieux, Jean-Claude Dreyfus, Claude Rich, Anne Roumanoff… Un parterre d’étoiles faisant de ce théâtre… une institution.

Une amie est là… à m’attendre… en ce décor tout de rouge vêtu. Ce soir, à l’affiche… Non à l’argent, une pièce signée Flavia Coste, auteure et comédienne de théâtre et de cinéma. Fort d’un succès retentissant en 2017, pour la première fois, au théâtre des Variétés… 2019 voit se profiler une seconde vague de représentations mais, cette fois-ci, aux Bouffes Parisiens ! Nouvelle année… nouvelle salle !

L’argent… symbolique de confort, de plaisir, de puissance, de prospérité… qui plus est, un vecteur monétaire sécurisant fortement convoité. Mais l’argent fait-il notre bonheur ? Ou peut-il être facteur de perversion ? C’est ce que Richard, alias Pascal Légitimus, va découvrir à ses dépens. L’architecte n’est certes pas un nanti mais il est heureux. Pour lui, l’afflux financier n’est point une fin en soi puisqu’il est entouré de l’amour des siens. Que demander de plus !

C’est pourquoi, lorsque l’heureux homme gagne le jackpot au loto soit 162 millions d’euros, il songe à y renoncer, et ce, au grand dam de son entourage. Claire (Julie De Bona), l’épouse aimante et professeur de philosophie ; Rose (Claire Nadeau), la mère un tantinet alcoolique tout comme Etienne (Philippe Lelièvre), l’ami de toujours et associé, ne comprennent pas cette décision. Surtout qu’il ne reste que quelques heures avant de perdre, définitivement, le pactole. Pourtant, Richard joue depuis des années poursuivant une tradition en souvenir de son défunt père. Mais pour lui, cette somme n’est en rien nécessaire car depuis peu, jeune parent, il a tout ce qu’il désire. De plus, la crainte de voir ses proches changer ne l’encourage guère.

Les convictions de l’un alimentent l’incompréhension des autres. Dès lors, une alliance se noue contre l’égoïsme de Richard provoquant une suite de révélations (le secret entourant la naissance du pseudo multimillionnaire, le sacrifice d’Etienne afin de sauver l’entreprise…) tout en entraînant nombre de situations cocasses. Mais, surtout, l’appât du gain se révèle bien plus fort et impérieux que des liens fondamentaux tels que l’amour ou l’amitié. L’idée de le voir disparaître les effleure même, un bref instant. Mais je ne vous en dirai pas davantage ! La fin vous surprendra… ou pas !

Petit joyau humoristique, Non à l’argent nous pousse à la réflexion. Si la providence nous offrait l’opportunité de devenir multimillionnaire, qu’en serait-il en cas de refus ? En mesurerions-nous les conséquences ? Tel est le fil rouge psychologique d’une comédie aux dialogues cinglants et percutants made in Coste. Tout à la fois rythmée et enlevée, la mise en scène à la forte personnalité comique d’Anouche Setbon sublime un mélodrame pourtant sous-jacent. Les traits d’esprit fusent face à un idéalisme peu convaincant. Et que dire de l’excellent jeu des acteurs (prenant un plaisir évident à jouer sur scène, par ailleurs !) qui voit la personnalité factice de chacun s’étioler révélant, ainsi, les méandres d’un moi profond dépoussiéré par un vent de folie déchaînant avidité, convoitise et égoïsme tout au long de l’intrigue.

Julie De Bona, l’épouse aimante et bienveillante de Richard laissera apparaître, avec délice, un côté maléfique transcendé par une fureur vengeresse. Revêtant le masque du malencontreux bourreau, Philippe Lelièvre… épris d’une justice soudaine et coupable…  sonnera le glas de manière magistrale ! Maman aimante mais néanmoins borderline et pince-sans-rire, Claire Nadeau plongera tout son petit monde, tel un détonateur, dans le chaos. Quant à Pascal Légitimus, flamboyant chevalier à l’utopiste étendard, il verra son incarnation identitaire disparaître aux yeux des siens puis, désabusé, sera offert sur l’autel monétaire… lui… l’agneau sacrificiel.

Richard maintiendra avec ferveur, tout au long de la pièce, un leitmotiv : Non à l’argent ! Quant à ses comparses, sa tribu, ils choisiront, contre vents et marées, de dire… Oui à l’argent ! Car ne l’oublions pas ! Comme le dit l’adage, l’argent ne fait pas le bonheur… mais il y contribue ! Du moins… pour certains !

Chantal Gonçalves

Crédits Photos : Fabienne Rappeneau

 

Quelques informations utiles :

        • Théâtre des Bouffes Parisiens, Paris
        • Du 20 mars au 28 avril 2019
        • Durée : 1h30
        • Distribution : Pascal LÉGITIMUS, Philippe LELIEVRE, Flavia COSTE en alternance avec Julie DE BONA, Claire NADEAU
        • Mise en scène : Anouche SETBON
        • Costumes : Juliette CHANAUD
        • Lumière : Jean-Luc CHANONAT
        • Décor : Sophie JACOB
        • Création sonore : Michel WINOGRADOF